Bruguière accusé de jouer trop perso

(archives B2) Le procès de 23 personnes accusées d’être liés au réseau terroriste Ben Laden s’ouvre sur fond de polémique avec la justice française.

C’est dans une atmosphère assez sereine et bon enfant que s’est ouvert, jeudi, à Bruxelles le procès de 23 personnes soupçonnées d’être liées aux réseaux terroristes d’Al Qaïda. Mais la solennité des lieux — exceptionnellement la 54e chambre du tribunal correctionnel siège dans la Cour d’assises — et la gravité des faits reprochés — un lien avec la mouvance Al-Qaida de Ben Laden — donnent un relief différent à ce procès.

Certains prévenus sont en effet accusés d’avoir apporté une aide logistique, faux passeports entre autres, aux assassins du commandant Massoud, tué en Afghanistan le 9 septembre 2001, deux jours avant l’attentat du World trade center, par deux Tunisiens en possession de faux passeports belges. Les autres inculpés sont soupçonnés d’avoir fomenté un projet d’attentat contre Kleine Brogel, une base militaire belge située dans le Limbourg et qui abrite des armes nucléaires et un détachement américain.

Dès les premières questions de routine, une certaine tension est présente. La présidente Claire de Gryse a ainsi bien du mal à se faire confirmer certaines dates et faits et reprochés par les prévenus. Trous de mémoire, refus de répondre voire purs revirements de témoignage se multiplient. Un des accusés comparaissant libre, Mohamed Fehti, n’hésitera d’ailleurs pas, à la faveur de la levée de séance, à tenter d’agresser un de ses comparses. La tenue de ce procès est également rendue difficile par le fait que certains éléments du dossier se trouvent en France. Selon le propre aveu du Parquet fédéral, les avocats de Nizar Trabelsi auront ainsi quelques difficultés à auditionner sa compagne, Amal Halim, actuellement placée sous contrôle judiciaire … en Corse.

Dans cette absence de coopération franco-belge, l’avocat de Trabelsi, Didier de Quévy, n’hésite pas à pointer du doigt le coupable : le juge Bruguière, « tout obsédé à l’idée que le dossier Trabelsi lui échappe ; il voulait le rapatrier sur Paris ». Les méthodes de « cow-boy » du juge français et sa « paranoïa » latente sont mis en avant par d’autres proches du dossier. Au cabinet Bruguière, on se refuse à polémiquer et on se retranche derrière le secret de l’instruction. Mais l’affaire pourrait ne pas en rester là. Didier de Quévy, avocat de Trabelsi, compte déposer aujourd’hui des conclusions devant le tribunal pour formaliser sa demande.

Nicolas Gros-Verheyde (à Bruxelles)
article publié dans France-Soir, mai 2003