EuropAid. Un office pas vraiment extérieur

EuropAid. Un office pas vraiment extérieur

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Logo Europeaid(Archives B2 *) Créé début 2001, l’office de coopération EuropeAid doit progressivement gérer toute l’aide européenne au reste du monde. Ni externe ni vraiment interne, cet organisme risque de cumuler les inconvénients de l’un et de l’autre.

Un nouveau sigle dans le Landerneau bruxellois

Un nouveau sigle a fait son apparition, depuis le 1er janvier 2001, dans le petit monde européen. EuropeAid a, en effet, été créé le 21 décembre dernier par la Commission européenne pour gérer la majeure partie de l’aide extérieure communautaire. Une nécessité pour le commissaire en charge de l’aide humanitaire, le Danois Poul Nielson : « Nous devons à tout prix accroître l’efficacité de notre coopération au développement à l’échelle mondiale. »

Le budget européen = 1/10e du budget mondial de l’aide au développement

La Commission européenne fournit aujourd’hui plus de 10% de l’ensemble de l’aide publique au développement dans le monde, soit 9,6 milliards d’euros (plus de 60 milliards de francs). Ce qui représente un total supérieur aux prêts consentis par la Banque mondiale à des conditions privilégiées. Il nous faut donc, précise le commissaire, « accroître la capacité de notre administration à travailler d’une manière plus cohérente ».

L’apparence d’une agence extérieure

Ce nouvel organisme ressemble ainsi étrangement à une agence extérieure. EuropeAid est en effet une structure administrative, extérieure à l’administration de la Commission européenne qui possède une compétence verticale sur une politique définie. Elle peut maîtriser la totalité d’un cycle de projet de développement, de l’identification des projets au suivi de leur mise en oeuvre et à leur évaluation. L’aide européenne porte en effet aujourd’hui sur des domaines très variés : la reconstruction après un conflit, le renforcement des institutions démocratiques, l’aide macro-économique, le contrôle du bon fonctionnement des élections, le déminage et les droits de l’homme qui nécessitent une continuité dans l’action.

Des tâches importantes, techniques et financières

Peu à peu, EuropeAid va ainsi devenir responsable des aspects techniques et financiers de la plupart des programmes d’assistance extérieure de l’Union européenne, tels que TACIS (républiques de l’ancienne Urss) et MEDA (Méditerranée) ou le Fonds européen de développement qui couvre la plupart des pays Afrique, Caraïbes et Pacifique (groupe des ACP). Seuls les programmes destinés aux autres pays d’Europe (Phare pour l’Europe centrale, Cara pour les Balkans) restent gérés directement par la Commission européenne.

… mais pas vraiment une agence autonome

EuropeAid n’est cependant pas vraiment une agence car il fonctionne directement sous l’autorité de la Commission européenne. Son Conseil d’administration est présidé par le commissaire chargé des relations extérieures, l’anglais Chris Patten et son administrateur général n’est autre que le commissaire Poul Nielson, les commissaires Gunter Verheugen (élargissement), Pascal Lamy (commerce) et Pedro Solbes Mira (économie) étant également membres de ce conseil. Et, pour remplir ces missions, EuropeAid devrait disposer d’ici la fin 2001 d’un effectif total de 1 200 personnes, en provenance essentiellement du service de relations extérieures (anciennes DG I et DG VIII) dont la moitié environ travaillera dans les délégations.

Objectif : déconcentrer, décentraliser

Il n’en demeure pas moins qu’une des caractéristiques principales de cette structure est la déconcentration, voire la décentralisation d’importantes responsabilités. « Tout ce qui peut être mieux géré et décidé sur place ne doit pas être géré ni décidé à Bruxelles » estime-t-on au cabinet Prodi. Ce transfert se faisant dans deux directions. D’une part, les 128 délégations que compte la Commission européenne dans le monde se verront confier de nouvelles responsabilités (compétences budgétaires, d’expertise technique et des personnels nécessaires) dans un processus dit de « déconcentration ». D’autre part, les États bénéficiaires auront la gestion de certains programmes.

Les exigences du contrôle financier

Ces changements répondent « aux exigences de la Cour des comptes », estime-t-on chez Chris Patten. L’organe de surveillance budgétaire a, en effet, à plusieurs reprises, dans de multiples rapports, critiqué à la fois la lenteur et l’extrême centralisation de l’aide européenne, particulièrement dans les pays en développement et dans les pays d’Europe de l’est. Reste à savoir si cette réforme pourrait remédier à ces remarques. Et surtout, si elle ne risque d’attirer de nouvelles remontrances, notamment du point de vue du suivi et du contrôle financiers.

(*° article publié dans La Tribune avril 2001