Echo un organisme un peu trop efficace ?

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(archives B2) L’agence humanitaire européenne a pour principale tâche de distribuer les subsides européens et assurer la visibilité de l’aide européenne. Echo entend développer l’évaluation de son efficacité

Créé en 1992, l’office humanitaire des communautés européennes (ECHO) est devenu au cours des dernières années le premier donateur d’aide humanitaire au monde, un « acteur incontournable de la scène humanitaire mondiale », comme il aime à le proclamer lui-même.

Cinq milliards d’euros injectés

Depuis sa création, il a ainsi injecté plus de cinq milliards d’euros dans différents projets et est actuellement présent dans une trentaine de zones de conflits et dans plus de 85 pays dans le monde. Sa force, et sa faiblesse également, il la tire d’un fait. Seuls 8 % des fonds sont dépensés directement par l’office européen ou les agences spécialisées des Etats membres. Ce sont essentiellement les organisations non gouvernementales (ONG), les agences des Nations-Unies, principalement le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et le mouvement international de la Croix-Rouge qui sont devenus les principaux gestionnaires des subsides européens.

Une arme : l’évaluation des financements

C’est dire toute l’importance du contrôle de l’efficacité des financements. L’agence humanitaire a développé plusieurs types d’évaluations : « ex-ante », des analyses de la situation sont effectuées avant toute opération par des experts indépendants ; « on going », des équipes de “moniteurs” et des visites des fonctionnaires de la Commission vérifient le bon déroulement des opérations humanitaires ; « ex-post », une fois l’opération terminée, les bénéficiaires des fonds doivent soumettre des rapports narratifs et financiers.

Qualité remarquée

Le travail mené par ECHO est souvent apprécié de ses interlocuteurs. Une impression confortée par une évaluation détaillée de « l’ensemble des actions financées par la Communauté » menée en 1999 par un cabinet spécialisé, Franklin Advisory services. « La qualité du travail d’Echo est au moins comparable à celui d’autres organisations internationales similaires et parfois bien supérieur » notent la quinzaine de consultants au terme d’un épais rapport, de plus de 500 pages. Mais « des défauts, de jeunesse », comme on préfère les nommer à la Commission européenne, subsistent.

Défauts de jeunesse

D’une part, l’effectif d’Echo est « trop restreint » et la direction est « surchargée de travail ». Le rapport mentionne aussi l’inadéquation de « certaines des procédures administratives aux critères spécifiques de rapidité et d’efficacité inhérents à l’urgence humanitaire ». D’autre part, l’auto-évaluation des projets — par les associations bénéficiaires —fait défaut. « Bien souvent aucune information concernant le niveau de coût/efficacité n’est disponible. Ainsi sur les projets menés en Ex-Yougoslavie ou au Rwanda, aucun monitoring ou évaluation n’étaient prévu. Ce qui n’aurait pas dû être autorisé » estiment les experts.

Mais surtout, le principal danger d’Echo est… son efficacité. A coté de ses missions traditionnelles d’être un bailleur de fond, un catalyseur de la solidarité européenne, Echo est, en effet, parfois appelé à la rescousse lorsque les autres services de la Commission se trouvent dans l’incapacité d’agir – pour cause de procédure rigide ou d’insuffisance de ressources.

Un « “bouche-trou” commode » !

A plusieurs reprises, l’Office a ainsi servi « à accomplir des gestes de bonne volonté avec la rapidité et la visibilité requises », sur certains terrains ou envers certains États. A la demande bien souvent de gouvernements ou de parlementaires soucieux de montrer aux yeux de leur opinion publique leur efficacité. Les mêmes étant ensuite tout aussi prompts à pointer un doigt accusateur envers l’aide européenne jugée trop dispendieuse ou peu objective… La politique européenne n’est pas à un paradoxe près.

(Nicolas Gros-Verheyde)

(*) article publié dans La Tribune 2001