Le pouvoir à Kinshaha n’est pas légitime (Etienne Tshisekedi)

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Etienne Tshisekedi, est le leader du principal parti d’opposition, l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS).

– Comment la situation peut évoluer au Congo maintenant ?

Ceux qui avaient déclenché la lutte le 2 août 1998, disaient clairement qu’ils voulaient la tête de Kabila. Nous osons croire que sa mort signifie la cessation immédiate et totale des hostilités. Nous invitons donc le secrétaire général de l’Onu de déployer comme prévu par les accords de Lusaka les casques bleus, pour rassurer la population. Et quand les forces seront déployées, il faut que toutes les forces étrangères présentes se retirent. Nous invitons aussi le «facilitateur» Ketumile Masire (NDLR : l’ancien président du Botswana) à convoquer les groupes politiques pour reprendre le dialogue intercongolais afin de doter le pays d’un gouvernement crédible, légitime et qui ait la confiance du peuple. C’est une urgence de rétablir ce dialogue. Il faut aller assez vite.

– En 1991, vous avez été élu comme Premier ministre. Vous considérez vous toujours comme le seul représentant légal du pays ?

Je sais que c’est un problème difficile à comprendre de l’extérieur. Mais j’ai été élu démocratiquement par la Conférence nationale souveraine. Ce n’est pas en m’envoyant les chars, trois mois après la prise en charge de mes fonctions, que cette qualité d’élu démocratique a pris fin. Le peuple congolais continue à me faire confiance. Tant que le peuple ne s’est pas réuni pour me renier, je reste élu légitime. Je suis toujours prêt à le servir à n’importe quelle fonction. Ce sera au dialogue intercongolais de trancher cette question.

– Etes-vous prêt à travailler avec Kabila ?

Nous avons déjà derrière nous 20 ans de lutte pour l’établissement de la démocratie et contre la dictature, tout cela dans la non violence. Comment travailler avec le fils Kabila ? Comment lui reconnaître la légitimité que nous n’avons pas reconnu à son père qui s’était auto proclamé président ? 1 De plus, aucun texte légal ne prévoit la succession de son fils. Il n’est donc pas question de travailler avec le nouveau gouvernement.

– Qu’attendez vous de l’occident, notamment de la France et de la Belgique ?

La Belgique et la France ont un rôle important à jouer, particulièrement la France, qui est un des membres influents. Il faut aussi aider l’Onu à financer ses missions au Congo. Car il faut déployer les troupes mais il y a aussi toutes les infrastructures à reconstruire.

– Retournerez-vous au Congo ?

Je retournerais au Congo au moment le dialogue intercongolais aura vraiment démarré.

Propos recueillis par Nicolas Gros-Verheyde
Paru dans France-Soir, février 2001

Il faut se souvenir. En avril 1990, nous avions arraché le multipartisme à Mobutu. Et nous nous sommes engagé alors un processus de démocratisation. Kabila arrive, il promet au début qu’il entend respecter ce processus. Et, une fois, qu’il est auto-proclamé, il abolit le multipartisme.