L’Europe élargie : oui mais pas tout de suite

Le sommet européen à 15 a commencé à… 29 avec les chefs d’Etat et de gouvernement des pays candidats à l’Union

(Archives) A Nice, en guise de hors d’œuvre sans conséquence, les Quinze chefs d’État et de gouvernement réunis sous la houlette de Jacques Chirac et Lionel Jospin ont rencontré leurs 13 homologues des pays candidats … et la Suisse (voir encadré). Cette « conférence européenne », créée il y a quelques années à Luxembourg pour permettre aux pays candidats d’être quelque peu associés aux travaux européens, avait un objectif principal : « s’écouter ».

En décembre 1997, l’Union européenne a en effet entamé des négociations d’adhésion avec une « première vague » de pays — Pologne, Hongrie, République slovaque, République tchèque, Estonie et Chypre– puis deux ans plus tard avec une « deuxième vague », Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovénie, Bulgarie et Malte. Le statut officiel de candidat a été accordé à la Turquie en décembre 1999, mais l’Union a décidé de n’engager des négociations d’adhésion avec ce pays que lorsqu’il aura fait d’importants progrès sur le plan politique, notamment en matière de respect des droits de l’Homme et des minorités. Dans son récent rapport sur l’élargissement, la Commission européenne estime cependant possible de conclure les négociations d’adhésion dans le courant de l’année 2002 avec les candidats les plus avancés. C’est sur cette question de date que s’est focalisé une partie de l’attention des personnalités réunies à Nice.

Mais être 29 autour de la table impose une certaine discipline. Chaque chef de gouvernement avait donc un temps très court pour exposer sa vision de l’Europe, cinq minutes chacun. « Dites-nous donc l’essentiel » a précisé Jacques Chirac. Il n’a pas été déçu, la plupart des pays candidats se sont concentré sur un seul sujet : l’élargissement de l’Union européenne à l’est doit être rapide. Dans le rôle de porte-parole des pays candidats, Janos Martonyi, le ministre hongrois des Affaires étrangères, a résumé cette attente. « Nous avons subi un énorme et complexe processus de transformation; nous avons payé un prix social élevé« , a-t-il expliqué . « Il est temps maintenant que l’Europe reconnaisse que nous avons réussi, et la meilleure façon de le faire, c’est d’accélérer les négociations d’adhésion ».

A son tour, le premier ministre polonais, Jerzy Buzek a souligné cette impatience en indiquant que la Pologne, le pays le plus peuplé des candidats , avec 39 millions d’habitants « est prête à conclure les négociations avant la fin de 2001 ». Quant au Premier ministre slovène Janez Drnovsek, il a appuyé là où çà fait mal en mettant en évidence « la grande responsabilité » des Quinze à l’égard de candidats qui attendent tant du sommet de Nice. Dans cette optique « Il est important que Nice donne un résultat », sinon « ce serait un mauvais signe pour l’avenir de l’Union ».

Pressés par tant de questions précises, les Quinze sont restés très vagues. L’élargissement est « la priorité politique » de l’Union européenne, ont déclaré, la main sur le coeur jeudi à Nice, les dirigeants européens à candidats. La France, notamment, juge que ce serait de la « démagogie » de promettre dès à présent un calendrier précis aux pays candidats. En fait élargir l’Europe est urgent… mais pas de tout de suite…

Nicolas Gros-Verheyde, à Nice (Paru dans France-Soir, décembre 2000)


  • La Suisse 14e candidat ?
    Parmi les pays présents à la conférence européenne, figurait… la Suisse. Pas tout à fait une surprise pour les habitués des sommets européens puisque le doux pays des Helvètes est présent régulièrement à la conférence européenne. D’ailleurs, le pays est toujours candidat à l’adhésion. Du moins formellement. Car sa candidature à l’Europe, déposée en 1992, est aujourd’hui gelée pour cause d’opposition populaire. Ce qui n’a pas empêché Adolf Ogi, le président du conseil fédéral, l’organe du gouvernement suisse, de retracer à ses 28 collègues européens « le modèle suisse [qui] a fait ses preuves ». Non sans malices, il a ainsi expliqué qu’ « avec quatre langues, quatre cultures, 26 cantons, la Suisse vit en paix depuis plus de 150 ans ». Tout cela grâce « au fédéralisme, à la démocratie directe, au respect des minorités et la subsidiarité ». En Suisse, a-t-il ajouté, « l’équilibre des institutions doit être assuré. C’est le but de la double majorité, celle du peuple et celles des cantons ». Alors la Suisse une solution pour l’Europe ? Adolf Ogi se garde bien d’une telle conclusion. Mais il n’exclut pas « pendant la prochaine législature de réactiver les négociations avec l’Union européenne… En vue de l’adhésion ».

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).