Proche-Orient : les Quinze inquiets

Face à la menace d’un nouveau conflit généralisé en terre sacrée, le ballet diplomatique s’est mis en ronde et l’Europe voudrait, cette fois, ne pas rester en retrait. Mais sa voix compte-t-elle encore ?

(archives B2) A Biarritz — Les Quinze chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne, réunis en sommet européen à Biarritz ont lancé hier un appel très solennel « pour l’arrêt de l’escalade et la cessation immédiate de toutes les violences aux dirigeants et peuples israéliens et palestiniens ». « Chacun doit faire preuve de courage politique et de responsabilité afin que la raison et la tolérance l’emportent sur la peur, la haine et l’extrémisme… » estiment les Quinze, unanimes. Et d’appeler Israéliens et Palestiniens à la seule voie possible « celle de la paix et de la négociation » en participant « dans un esprit constructif » à une réunion au sommet. Une simple déclaration certes. Mais « On fait davantage que les prier d’y aller, on leur demande d’être présent à l’initiative » commente Guy Verhofstadt, le premier ministre belge. Et, concrètementn « que pouvait-on faire de plus » considère un diplomate. Pourtant, l’Europe n’avait pas traîné à réagir.

Dès mardi, le Haut représentant européen pour la politique extérieure, de sécurité et de défense, l’Espagnol Javier Solana, était parti pour une tournée au Proche-Orient. Le Caire, Amman, Tel Aviv, Gaza l’ancien dirigeant de l’Otan n’a pas épargné ces efforts pour rencontrer tous les protagonistes de la région et présenter aux Quinze leaders européens un point de vue pluraliste. Le ministre israélien de la Coopération régionale, Shimon Péres, ne s’est pas trompé sur cette nouvelle donne diplomatique. Il a atterri à Biarritz pour rencontrer, de l’aéroport, les principaux leaders européens : Aznar, l’espagnol, Schröder, l’allemand, Blair l’anglais. Prudent, le ministre français des affaires étrangères, Hubert Védrine n’a pas voulu confirmer cette venue. « M. Péres est en visite privée » a-t-il lâché. De source diplomatique, on indiquait cependant que le missi dominici israélien avait déjà eu plusieurs entretiens officieux à Paris.

L’idée du sommet réunissant à Charm-El-Sheikh l’israélien Ehud Barak, et le palestinien Yasser Arafat, l’égyptien Hosni Moubarak et l’américain Bill Clinton pourrait ainsi se réaliser rapidement. Seule question, la date. Dès ce samedi souhaitait Shimon Péres. Pas possible, répliquaient les Egyptiens, estimant qu’ »il ne semble pas que l’atmosphère soit favorable pour tenir un sommet quadripartite ». Quant aux Européens, ils ne font pas de leur présence au sommet une condition. « Nous serons présents si on nous demande d’y être — a assuré Jacques Chirac. Mais en aucun cas nous ne voulons compliquer les choses ». L’expérience…

Nicolas Gros-Verheyde
Paru dans France-Soir, octobre 2000