L’approche intergouvernementale : la faiblesse et à la médiocrité (Chris Patten)

Fini le temps des boys scouts aventuriers humanitaires ou des diplomates explorateurs, la politique extérieure européenne doit devenir adulte. Tel est le sens du discours, (re)fondateur, qu’a prononcé devant un auditoire, choisi, le commissaire européen aux relations extérieures, Chris Patten à l’Institut français des relations internationales. Ce faisant l’ancien gouverneur de Hong-Kong quitte les chemins de tranquille quiétude auxquels nous avait habitués depuis quelques mois, voire quelques années, la Commission européenne.

Critique de l’approche intergouvernementale

Chris Patten, tout ancien diplomate qu’il est, ne prend pas de gants tout à son désir de « rationaliser la politique extérieure européenne ». « La seule approche intergouvernementale conduit à la faiblesse et à la médiocrité » commence-t-il par esquisser. Avant d’asséner quelques vérités qui vont faire mal. « L’Union européenne a souvent été trop interventionniste à mon goût ». Et si « il est arrivé parfois l’Union européenne de gaspiller de l’argent et de ne pas être aussi efficace que l’on souhaiterait, ceci est partiellement dû aux États membres qui nous ont souvent refusé les moyens dont nous avons besoin pour mieux gérer nos activités ».

L’Europe doit donc concentrer ses efforts sur quelques objectifs

Reprenant à son compte le mot du ministre britannique des affaires étrangères de l’après-guerre, Ernest Bevin, « donnez-moi le charbon et je vous donnerai la politique », il estime que la première des politiques extérieures de l’Europe est être « une championne de la mondialisation » ; l’Union doit ainsi « promouvoir un commerce international ouvert et encadré par des règles » Quant à l’aide financière et technique aux autres pays, qui fournit tout de même près de 55 % de l’ensemble de l’aide publique internationale, Chris Patten dresse un constat-couperet « si nous n’arrivons pas à gérer nos crédits de manière efficace, il vaudra mieux, alors, ne pas les gérer du tout ».

Réorganiser la gestion de l’aide

Le commissaire européen veut donc réorganiser la gestion de cette aide et prône la création d’un office unique, nommé EuropeAid, qui identifiera les projets et sera chargé de leur mise en œuvre du début à la fin. Enfin, l’Europe doit concentrer son aide et ses efforts politiques sur trois zones : les Balkans, la Méditerranée et la Russie. Avec un impératif : cesser de considérer les États-Unis comme un ennemi mais comme « un allié fidèle de l’Europe ». Si « ce pays est parfois dans l’erreur – sur les nations unies par exemple, sur la politique environnementale, « nous ne pourrons – martèle le commissaire européen – faire valoir ces arguments tant que nous ne serons pas nous-mêmes pris au sérieux ». Un bel enjeu pour les années qui viennent et dont vont pouvoir discuter, dès lundi, les 15 chefs d’État et de gouvernement bientôt réunis au Portugal, en sommet européen.

(NGV)

(article paru dans France-Soir, juin 2000)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).