La langue de bois n’est pas morte

Si la glasnost a fait son oeuvre en Europe de l’est et que les livres glorifiant le système communiste et l’Urss ont fondu comme neige au soleil… il n’en est pas de même en France. Même chez des éditeurs réputés d’habitude pour leur sérieux – les Presses Universitaires de France – on continue de diffuser deux Que-sais-je digne du « Nobel… de la langue de bois » !. Deux livres, un sur la Hongrie, l’autre sur la Pologne, signés du même auteur, Henri Smotkine – professeur (?) à l’université de Paris VIII. On a ainsi le bonheur d’apprendre que la Hongrie a été le théâtre en 1956 d’un « mouvement contre-révolutionnaire utilisant des critiques formulées par la propagande de la réaction nationale et étrangère, surtout américaine qui s’exprimait du sol allemand » (sic), et que en Pologne « l’agitation commencée en 1980 sous l’influence du syndicat ‘Solidarité’ qui ne représente aucune branche corporative mais ne groupe que des Polonais hostiles au socialisme n’a fait qu’accroître les difficultés de la Pologne ». Dramatiquement nul ! Mais pris au second degré, quel modèle d’hilarité dont devrait s’inspirer toute cette collection… Justement chez l’éditeur, on répond : « C’est une erreur, nous n’avons pas eu le temps de lire le scénario ». Curieuse erreur qui se répète deux fois, en 1984 et 1986, et qui dure depuis, puisque l’éditeur n’hésite pas à continuer l’approvisionnement en librairie ! Délirant…

Nicolas Gros © Canard Enchaîné 1993

Comments are closed.