1991, d’aimables diplomates dans les tranchées yougoslaves

Quatre-vingt observateurs et leurs ‘assistants’, diplomates ou militaires de carrière pour la plupart, sont aujourd’hui opérationnels en Yougoslavie. Mais il est toujours aussi difficile de connaître leur rôle exact, et donc… leur efficacité ! Tant à La Haye, la présidence néerlandaise, qu’à Paris au Ministère des affaires étrangères, on entend préserver cette opacité. Officiellement, la tâche des ‘contrôleurs’ est d’ “observer localement la mise en place du cessez le feu et d’examiner si la Slovénie et la Croatie ont stoppé l’implantation de la déclaration d’indépendance”.  Mais à Zagreb, au quartier général des ’contrôleurs’, c’est l’attente, dans une situation inconfortable. Traités de “marchands de glaces” par les uns, d’avoir “un parti pris” par les autres, ils entendent garder la “tête froide” au milieu du vacarme yougoslave.

Comme l’explique Georges Marie Chenu, le responsable du staff français et diplomate de carrière, “notre mission n’est pas de relater les évènements ou de donner un bilan des victimes. Nous transmettons uniquement les faits contrôlés à la présidence (européenne) et aux signataires des différents documents, comme peut le faire un juge d’instruction”. Tous les jours, selon les informations recueillies dans les médias, par les différentes parties en présence ou leurs propres canaux, les ’contrôleurs’ dressent leur plan de travail. Après le briefing du matin, ils partent vers les différents points de ‘contrôle’. Il y a parfois des dérapages, comme dernièrement pour la ville Zadar (cote Adriatique) ; ce n’est que trois jours après le début des premiers combats, et sous l’insistante pression italienne, que les ‘contrôleurs’ se sont rendus sur place.

Que peut alors valoir un corps d’observateurs en sous-nombre – seuls 80 sur 300 annoncés sont arrivés – et muets dans la fournaise et le vacarme yougoslaves ? Car ce conflit armé est doublé et alimenté d’une “guerre” de communiqués entre médias Serbes et Croates, accroissant chaque jour la confusion et la tension. Pas étonnant alors que l’idée d’une force d’interposition militaire s’impose peu à peu. La dernière mission de Lord Carrington en Yougoslavie lundi, semble sonner le glas des observateurs. Ou le constat d’une mission impossible…

(article paru dans « La Truffe » quotidien français, 17 septembre 1991 © Ngv)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen à l'université Paris I Pantheon Sorbonne. Journaliste professionnel depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir). Auditeur de la 65e session de l'IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale).