Le Codisc à l’heure arménienne

(B2) Pour le Lieutenant Colonel Leblanc, nouvellement promu au poste de directeur au CODISC (le Centre Opérationnel de Direction de la Sécurité Civile), ses débuts n’auront pas été de tout repos. Les inondations de Nîmes en octobre, et plus récemment le tremblement de terre en Arménie.

Mais, à la différence de la catastrophe de Nîmes, où le CODISC intervenait directement et suivait les opérations heure par heure; en Arménie, le rôle du CODISC était essentiellement celui d’une base logistique arrière. Assurer notamment la mobilisation, l’acheminement, et le retour du groupe de sauvetage français n’était pas cependant une mince besogne. En effet, avec 497 hommes sur le terrain et 77 tonnes de matériel, les Français constituaient l’une des plus importantes équipes de secours étrangères présentes en Arménie.

Mercredi 7 décembre 1988 à 10h00, le CODISC est informé par… une dépêche de l’Agence France Presse ! « 8h43 heure de paris un séisme important a eu lieu en Arménie et a notamment touché les villes de Léninakan et Spitak… ». Aussitôt commence la phase d’anticipation. C’est à dire : « ce que nous faisons systématiquement dans ces cas-là, faire l’inventaire des moyens que nous pourrions envoyer si le gouvernement soviétique le demandait ». Le ministère des affaires étrangères et l’ambassade de France à Moscou sont contactés pour proposer au gouvernement soviétique la mise à disposition de moyens.

Le jeudi 8 décembre, le gouvernement soviétique fait part de sa demande. En fin d’après-midi, les DICA (*) du Sud-est, Centre/Ile de france, de l’UIISC 1 (Nogent le Retrou) et de l’UIISC 7 (Brignolles) sont mises en alerte, ainsi que le SAMU 94 (Val de Marne) et le Détachement d’Appui Médicalisé, DAM 30 (*). Des moyens aériens sont demandés au ministère de la Défense. Le COTAM, Commandement Opérationnel des Transports Aériens Militaire fournit trois DC8 et deux C130, et Air France un Airbus A300. De son côté, les ONG s’activent, coordonnées avec le secrétariat d’Etat à l’action humanitaire (SEAH). Les deux dispositifs avancent en parallèle et en coordination. « Il y a des contacts permanents. Le SEAH gérant les ONG, le CODISC gérant toutes les unités de pompiers, qu’elles soient civiles ou militaires. »

Le jour même à 20 heures, les premiers détachements font mouvement vers les bases de Villacoublay et d’Istres.

Les premiers vols directs pour Erevan ont lieu dès le vendredi 9 au matin (6h45) et s’étaleront jusqu’au lundi 12, avec toujours des formalités douanières réduites au minimum (visa collectif, non nominatif…).

  •  9 déc matin : 2 C130, avec 169 (22) personnes et 16 tonnes UIISC 7 et 1 (qui sont normalement d’alerte)
  • 10 déc matin : 2 DC8, avec 165 (10) personnes et 16 tonnes DICA Sud-Est et Centre
  • 11 déc soir DC8, C130, avec 20 (0) personnes et 27 tonnes de matériel
  • 12 déc matin, un Airbus A300, avec 143 (14) personnes et 17,5 tonnes BMP (marins pompiers de Marseille) et BSPP (sapeurs pompiers de Paris)

Sur place, un état major de terrain, le DACO, Détachement Avancé de Coordination Opérationnelle (équivalent du PMA, Poste de Commandement Avancé de notre bon vieux plan Orsec) est constitué sous le commandement du Lieutenant Colonel Caillarec, chef d’état major du COMFORMISC (commandement des formations militaires Sécurité Civile), avec comme adjoint le Lieutenant Colonel Martin, des pompiers du Cher, et le médecin chef Chevallier, chargé de mission médical au CODISC.

Des liaisons radio sont établies chaque jour entre Levallois (92), siège du Codisc, et Léninakan ou Spitak, bases des détachements français, par les moyens de transmission en BLU des pompiers du GARD (ELIS 30) et de sauveteurs privés réquisitionnés pour la circonstance (ORISC 92).

Sur le terrain, 13 victimes seront sorties vivantes. Elles sont confiées ensuite aux dispensaires mis en palce par nos propres moyens et après dans les hôpitaux centraux soviétiques.  « L’opération de secours a duré 10 jours, ce qui a nécessité un doublement de l’équipe de permanence du CODISC, habituellement de 12 personnes ». Chacun y a vécu des « heures fatigantes mais terriblement motivantes ».

Le retour s’est effectué à la demande des autorités soviétiques, entre le vendredi 16 et dimanche 18 décembre, avec arrivée à Roissy, lieu de base des DC8 et Istres.

Un moment, il faut se désengager

« De toute façon, dans ce genre d’interventions, il faut savoir que, au-delà d’un certain temps, il faut se désengager. Plus le temps passe, et plus les chances de retrouver des survivants diminuent, et plus il y a des risques d’épidémie, avec le nombre de victimes décédées. C’est évident. a un moment ou un autre, il faut dégager. Donc le retour s’est fait à la demande des autorités soviétiques, considérant que les chances de retrouver des survivants étaient infimes et que les risques d’épidémies étaient par contre importants. »

(Nicolas Gros-Verheyde)

Nicolas Gros-Verheyde

Rédacteur en chef du site B2. Diplômé en droit européen de l'université Paris I Pantheon Sorbonne et auditeur 65e session IHEDN (Institut des hautes études de la défense nationale. Journaliste depuis 1989, fonde B2 - Bruxelles2 en 2008. Correspondant UE/OTAN à Bruxelles pour Sud-Ouest (auparavant Ouest-France et France-Soir).